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«Blanchisseuses esclaves»: Dublin admet son implication

Un rapport officiel publié mardi estime que l'État irlandais est responsable de l'envoi de milliers de filles dans les «blanchisseries Madeleine», pensionnats catholiques où elles travaillaient sans gagner un centime.

 

 C'est l'un des grands scandales impliquant à la fois l'État et l'Eglise de la République d'Irlande... mais aussi l'un des secrets les mieux gardés. Ce mardi toutefois, un rapport sur les blanchisseries des Couvents de la Madeleine, ces institutions catholiques où des milliers de femmes ont été enfermées pendant des décennies, révèle pour la première fois l'implication de l'État. «À celles qui sont passées à divers titres par les blanchisseries Madeleine, dans 26% des cas à la suite d'une intervention des services de l'État, je dis combien je suis désolé qu'elles aient eu à vivre dans de telles conditions», a ainsi déclaré mardi le chef du gouvernement irlandais, Enda Kenny.

 

Les associations de victimes déçues

 Mais pour les quelque 1000 survivantes de ces institutions, les paroles du Taoiseach («premier ministre» en gaélique) sont loin d'être suffisantes. Ce dernier, conscient qu'il s'agit d'un sujet extrêmement sensible dans le pays, n'a pas fourni d'excuses officielles, ni annoncé des compensations à venir pour les victimes. Laissant deux semaines aux députés pour étudier le rapport avant un débat à l'Assemblée, il a rappelé que cette affaire renvoyait à une Irlande «autoritaire» et «dure».

 Pour les associations d'anciennes pensionnaires qui se battent depuis plus de dix ans pour faire valoir leur droit, la déception est immense. Steven Riordan, porte-parole du groupe «Magdalene Survivors Together» cité par le quotidien The Irish Independent, a ainsi qualifié la déclaration de Kenny de «sans intérêt»: «La vérité c'est qu'on a forcé des femmes, au sein de la société irlandaise, à participer à cet esclavage».

 

 http://www.youtube.com/watch?v=aqBPNc9UHPc&feature=player_embedded    Vidéo

 

Des femmes dépossédées de leur nom

  Pendant plus de 70 ans, des milliers de femmes (plus de 10.000, selon le rapport), ont été placées en détention, forcées à travailler dans des ateliers gérés par des nonnes de quatre congrégations.

  Celles-ci accueillaient en majorité des jeunes femmes considérées comme «perdues»: celles qui avaient eu un enfant ou des relations sexuelles hors mariage - y compris des femmes violées - celles qui déshonoraient leur famille, les pupilles de la nation... mais aussi celles qui souffraient de problèmes physiques ou mentaux, ou les sans-abri. Elles étaient envoyées là-bas par leurs parents, des juges, des prêtres, des membres de la police... le rapport pointe qu'un quart d'entre elles y étaient à cause de l'implication de l'État.

 Selon les témoignages recueillis au fil des années, chaque femme était dépossédée de son nom (on lui en donnait un autre, ou au pire, un numéro) et devait travailler six jours par semaine sans jamais recevoir un centime, subissant de surcroît une pression psychologique importante. Le rapport remet en cause l'existence d'abus physiques, même si certains témoignages ont fait état de punitions corporelles.

 D'autres part, les portes des blanchisseries étaient fermées à clé pour empêcher toute évasion, et environ 2000 bébés auraient été enlevés à certaines de ces mères pour être vendus à de riches familles américaines, toujours selon certains témoignages.

 

La dernière blanchisserie fermée en 1996

 Le rapport de 1000 pages publié ce mardi et préparé par un comité gouvernemental dirigé par l'ex-sénateur Martin McAleese, a été mis en place après que les Nations Unies ont publié en 2011 une déclaration critiquant le gouvernement irlandais pour son refus de reconnaître les peines et abus subis par les femmes internées dans ces blanchisseries. Avant la publication du rapport, la fille d'une des victimes a lancé une campagne sur Twitter, avec ces mots: «Ma mère était Madeleine numéro 322. Son vrai nom, Margaret». Et ce mardi, les réactions indignées suivies du hashtag #justiceformagdalenesNOW se multipliaient sur le réseau social, après la déclaration du premier ministre , comme celle d'un député irlandais

 Il y avait dix blanchisseries disséminées à travers l'Irlande. La dernière - celle de Sean MacDermott Street, au nord de Dublin, n'a fermé qu'en 1996. Et l'on a vraiment commencé à parler de ces institutions qu'en 1993, quand un promoteur immobilier qui venait d'acheter une partie d'un des couvents a retrouvé les restes de plus de 100 pensionnaires, inhumées dans des tombes anonymes à l'intérieur de la propriété.

 

  Pour lire au complet l’article explosif et extraordinaire d’Anne-Laure Frémont : 

http://www.lefigaro.fr/international/2013/02/05/01003-20130205ARTFIG00663-blanchisseuses-esclaves-dublin-admet-son-implication.php

Twitter : @annelaurefrem,

 

 

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